L’Univers Minéral dans la Pensée Égyptienne Tome 1 et 2










L’Égypte avait une vision propre du monde minéral. Elle l’exprimait de manière original, bien qu’elle ne fût pas fondamentalement différente de celle de ses voisins. Ce livre tente de montrer comment les habitants des rives du Nil appréhendaient l’espace désertique, et comment leur vocabulaire spécialisé révèle leur mode de pensée.
Déserts, mines, carrières développent un imaginaire comparable dans toutes les civilisations. Dans les montagnes, lieux de sortilèges, se nouent les pactes avec les dieux et les démons. L’inquiétude gagne quiconque entreprend d’y faire ne fût-ce qu’un bref séjour. Parvenu dans la mine, l’homme doit se faire pardonner son larcin sacrilège par aux offrandes aux divinité qui veillent sur le monde du sous-sol. Sous l’apparence d’animaux du désert — félins, faucons, serpents, logés des les anfractuosités des montagnes — ou d’animaux fabuleux tels que les griffons, ces divinités protègent les carrières que l’homme ne peut et ne doit fracturer que pour servir les intérêts divins ou les intérêts politiques de l’Égypte.
La possession des métaux précieux comme l’or ou l’argent, des minéraux précieux comme le lapis-lazuli, la turquoise ou le jaspe rouge, est théoriquement le privilège d’un dieu. Les pierres précieuses constituent pour l’Égyptiens de l’Antiquité un gage d’éternité. Les temples tardifs montrent à l’envi, par les processions minières ornant les parois des « Trésors », que la divinité elle-même ne survit que par la contribution de l’univers tout entier. Joint à l’univers végétal, l’univers minéral garantit le retour annuel de l’inondation qui fertilise le sol. L’apparition de l’étoile Sothis-Sirius, qui annonce le renouveau du cycle végétal, est subordonné à la présence réelle ou supposée, dans les « Trésor », de tous les bijoux symboliques et minéraux bruts.
Il en va de même pour le retour de la pleine lune, l’Œil d’Horus, qui, à nouveau doté de ses humeurs divines perdues dans le désert sous l’influence maligne du dieu Seth, croîtra pour devenir, au quinzième jour, le siège d’Osiris. Le défunt, à la ressemblance de la lune, sera paré des bijoux qui feront de lui un être cosmique et lui assureront une vie éternelle. Il renaîtra sous l’aspect du soleil matinal, ou d’un grand faucon aux ailes de feldspath vert, ou encore d’un décan disparaissant périodiquement de l’horizon pour contribuer à son tour à la réapparition de Sôthis. La prospérité s’ensuivra, sous forme de céréales abondante que les Égyptiens, comme la plupart de peuple de civilisation agraire, comparaient à l’or.